"Visionnage" du film "Le sel de la Terre", samedi 16 novembre 2013

Compte rendu d’Antoine :

Le sel de la terre : fiche débat (v1). réservée aux membres du groupe ciné
(vous pouvez en rajouter …)

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Le Sel de la terre (1954) est un drame social américain écrit par Michael Wilson, réalisé par Herbert J. Biberman et produit par Paul Jarrico. Il devint un film culte suite à sa réception par l’Establishment américain (politiciens, journalistes et autres syndicats). Il est l’un des premiers longs métrages à promouvoir le point de vue du féminisme social et politique.

Synopsis
Dans une ville miniere du Nouveau Mexique, les mineurs d’origine mexicaine se mettent en greve. Ils veulent beneficier des memes avantages que les travailleurs blancs. La participation des femmes, tout d’abord reprouvee par les hommes, s’avere vite efficace.

Autour du film
Un film qui reunit sur son plateau plusieurs des victimes de la commission Mac Carthy. Réalisé en 1953, il ne put sortir qu’a la fin de l’annee 1965. Le réalisateur Herbert J. Biberman a débuté sa carrière comme scénariste de séries B. En 1947 interrogé par la House Un-American Activities Committee il refuse de répondre aux questions sur son appartenance au Parti communiste américain. Il est condamné et passe six mois en prison. Subissant les foudres du maccarthysme en étant inscrit sur la liste noire du cinéma, son film le plus connu Le Sel de la terre en 1954 est boycotté aux États Unis mais rencontre un grand succès en Europe.

Sur le titre du film :
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, chapitre 5, verset 13 :
« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes. »

Le sel garde et conserve la nourriture saine. Le sel, c’est aussi ce qui donne le goût à la nourritute.
Dans le film cette expression est évoquée à la fin, quand Esperanza parle de ses enfants dont les parents ont retrouvé leur dignité, comme le futur sel de la terre.

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axes de discussions :

1/ une leçon de féminisme politique :
au-delà des conventions du film américain : les "héroïnes" n’ont pas le physique des stars hollywoodiennes et leur émancipation est montrée dans sa progression en lien avec la lutte sociale qu’elles mènent : rien à voir avec les personnages "tout faits" que le cinéma présente le plus souvent et dont il nous suggère que leur personnalité tient de la génération spontanée.

2/ un véritable combat syndical :
raconté comme un documentaire, mais avec des personnages à la fois typiques et vraisemblables : une prouesse que de partir d’une grève (où par définition l’activité s’arrète, alors que le cinéma est l’art du mouvement) comme trame de fond d’ une histoire.

3/ de l’importance de la force du groupe dans la lutte sociale :
d’une part les personnages principaux sont le plus souvent montrés dans leur faiblesse et leur vulnérabilité en tant qu’individu,
d’autre part le groupe semble invulnérable par ses capacités d’initiative et d’invention dans la lutte.

4/ la relation explicite entre la police et le patronat :
Dans le cinéma de fiction, cette relation est suggérée parfois, mais le plus souvent implicite, alors que dans le film les policiers et les patrons de la mine font cause commune sans se cacher.

5/ rapports des américains blancs et des mexicains sur le même lieu de travail :
le film garde un équilibre entre le racisme de certains américains blancs (policiers et patrons de la mine) et la loyauté et la solidarité d’autres américains (qui travaillent avec les mexicains dans la mine). Certains des mexicains (notamment Ramon) développent de leur côté une forme de ressentiment vis-à-vis de leurs collègues de travail américains, mais le racisme n’entre pas en compte et la séquence autour des portraits des président américains et mexicains est instructive. Pour un film américain de cette époque cette manière de montrer des rapports difficiles entre 2 communautés n’est pas anodin.

6/ une construction progressive des 2 personnages principaux :
le parcours symétrique et parallèle des personnages principaux (le couple Quintero) : la femme va de la colère soumise vers l’émancipation, son mari présenté au début comme rétrograde dans ses rapports avec sa femme évoluera petit à petit vers une reconnaissance affirmée devant la communauté des mineurs.

7/ sur la non-violence :
le rôle et l’efficacité de la non-violence sont démontré dans le film au travers de la montée en charge du groupe des femmes qui luttent avec leurs moyens propres et obtiennent des résultats inespérés.

8/ pédagogie politique :
la reconnaissance de l’égalité homme-femme dans le droit de vote à l’assemblée générale des mineurs est un moment de pédagogie politique remarquable par sa justesse et sa simplicité.

9/ authenticité des rapports entre adultes :
après sa libération de prison, Esperanza et son mari ont une discussion très dure : entre le mari désorienté et atteint dans son amour-propre et sa femme sûre de sa nouvelle liberté, la scène est d’un ton qui frappe par son authenticité : les conventions du film de fiction s’effacent.

10/ les motivations des groupes hommes et femmes :
dans la lutte sociale, les motivations du groupe des hommes (combattre) et celles des femmes (gagner) divergent, mais elles arrivent ainsi à devenir complémentaires.
Ainsi, les mineurs combattent les patrons de la mine, alors que leurs femmes luttent pour l’amélioration générale de leurs conditions de vie.

11/ le rôle de la radio :
Le film est censé se passer durant la 2ème guerre (une allusion à l’effort de guerre faite par un des mineurs au début du film) : à cette époque le mass-media absolu est la radio que les Quintero ont acheté à crédit et qui représente pour Esperanza une échappée hors de la vie quotidienne particulièrement dure et répétitive.
On peut penser que ce média l’aide à connaître le monde au-delà de son petit village et de la mine de zinc qui représente la totalité de son horizon et qu’en même temps il a été l’outil de propagande le plus puissant de l’époque.

12/ quand la radio se tait …
quand leur radio est emportée au milieu de la fête, Ramon prend sa guitare, la passe à un ami et lui demande de jouer de la "vraie" musique : celle qui est produite par le groupe même et non celle qui vient du poste de radio coloniser les esprits.

13/ les acteurs :
les acteurs professionnels sont peu nombreux et inconnus, tous les autres sont des amateurs : cette situation donne au film au parfum de vérité étonnant et proche du documentaire.

… à suivre …

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sur l’actualité du film :

 que penser de ces différentes idées à la lumière d’aujourd’hui ?
- le rôle du féminisme actuel et son champ d’action
- le syndicalisme actuel
- les relations entre l’Etat et les puissances économiques
- …